Endroit : Rivière Rouge, Arctique

Numéro de cas : 120-655

Au début du mois de mars 2014, le surintendant de la Région de l’Ouest d’Intervention environnementale de la Garde côtière canadienne (IE - GCC) a été informé par le bureau régional des Prairies et du Nord de Transports Canada de la situation du navire déserté, le Lord Selkirk II, échoué dans les eaux recouvertes de glace de la rivière Rouge. Le navire relevait auparavant de la Région du Centre et de l’Arctique de la GCC, mais en raison de changements à la structure organisationnelle de la Région, le navire se trouve maintenant à l’intérieur des limites de la Région de l’Ouest. Le 14 mars, des membres du personnel d’IE - GCC ont été chargés d’enquêter. Ils se sont rendus dans la région de Selkirk pour évaluer la situation signalée. Ils ont rencontré des inspecteurs de la sécurité maritime de Transports Canada à Winnipeg et des représentants de la Ville de Selkirk. D’après les renseignements obtenus, le personnel de la Garde côtière n’est pas monté à bord du navire déserté à ce moment-là en raison de la présence signalée de matières dangereuses à bord. Il a été décidé qu’une évaluation adéquate serait effectuée après la débâcle au printemps, moment où les mesures appropriées de prévention de la pollution par les hydrocarbures seraient prises.

En ce qui concerne l’histoire du navire, le Lord Selkirk II, construit en 1969, a été exploité en tant que navire de passagers et de marchandises sur le lac Winnipeg et la rivière Rouge pendant près de 20 ans. En 1990, l’ancien navire de croisière sur la rivière Rouge a été mis hors service et amarré sur la rive de la rivière Rouge dans les limites du parc de la ville de Selkirk. En juin 2012, le navire de croisière autrefois prestigieux a été incendié. L’incendie a ravagé deux ponts du navire, et il a pris plus de six heures au service d’incendie pour éteindre les flammes. Lorsque l’incendie a été éteint, le navire a partiellement coulé, et il repose encore sur le fond dans 22 pieds d’eau. Les propriétaires étaient sur le point de mettre le navire au rebus lorsqu’ils ont déclaré faillite. Le navire n’est maintenant plus qu’une coque rouillée qui enlaidit le parc de Selkirk. Le 22 mai 2014, le journal de Selkirk rapportait que le navire déserté rejetait des matières dangereuses dans la rivière Rouge, comme de l’arsenic, du plomb, du mercure et d’autres minéraux. Ce journal indique qu’il est prouvé que tous ces minéraux sont un danger pour la vie aquatique, le bassin hydrographique et le milieu marin du parc.

À la suite de discussions initiales avec la Garde côtière, la Ville de Selkirk a fait appel à Pinchin Environmental Ltd. afin d’évaluer les dangers potentiels pour le personnel travaillant à bord du navire déserté. La firme a, entre autres, indiqué à la Ville qu’elle devrait interdire l’accès à l’épave à moins de porter des vêtements de protection pour les matières dangereuses et d’être équipé de respirateurs portatifs Scott. L’évaluation de Pinchin suggère fortement le nettoyage de zones particulières du navire pour permettre à la Garde côtière d’enlever de façon sécuritaire tout hydrocarbure trouvé à bord.

Le 12 mai, trois spécialistes en matière d’intervention de Vancouver, Victoria et Hay River se sont rendus à Selkirk pour évaluer le risque de pollution. Avant l’opération, ils ont tenu une réunion avec des représentants de la Ville. Ces derniers ont indiqué que la Ville avait obtenu la permission du propriétaire pour monter à bord du navire. Au moyen de pompes fournies par la Ville, le personnel de la GCC a passé trois jours à essayer d’enlever l’eau des compartiments, mais il y avait 6 à 8 pieds de glace dans la cale avant et dans la salle des machines. Des hydrocarbures ont été vus dans la glace. Des appareils de chauffage de la glace ont été installés à bord sans succès. Après consultation avec les autorités de la Ville, il a été décidé d’attendre que la glace fonde pour qu’une évacuation de l’eau adéquate et une vérification de l’état du navire puissent être effectuées. Un barrage flottant a été installé autour du Lord Selkirk II en cas de rejet d’hydrocarbures pendant la fonte de la glace. Le retour sur les lieux initialement prévu au début juillet a dû être reporté en raison du niveau d’eau élevé de la rivière Rouge qui empêcherait la réussite de l’enlèvement de l’eau dans le navire.

Du 20 au 24 juillet, deux spécialistes en matière d’intervention de la GCC sont retournés à Selkirk pour intervenir en cas de pollution par les hydrocarbures sur place. Ils ont récupéré les matériaux absorbants utilisés pour absorber les hydrocarbures remontant de l’épave qui s’étaient accumulés dans le barrage flottant déployé précédemment. Ils ont également rencontré les autorités locales pour veiller à ce que la Garde côtière soit tenue au courant de tout futur dommage dû à la pollution.

Le 7 octobre, le personnel d’IE - GCC est retourné à Selkirk pour enlever l’eau du navire. Il a prévu effectuer une vérification de la présence d’hydrocarbures et, au besoin, travailler avec un entrepreneur local en environnement pour enlever tous les produits quantifiables. L’équipe de la Garde côtière a travaillé sur place du 7 au 16 octobre. Les responsables du contrôle des dommages ont découvert qu’une conduite brisée serait à l’origine de l’infiltration d’eau. La conduite a été réparée. Au cours de la période de 10 jours, assez d’eau a été pompée des ponts inférieurs pour permettre d’avoir accès à la salle principale des machines. Des réservoirs journaliers ont été loués et environ 100 litres de carburant diesel ont été retirés. De plus, 150 litres de diesel et 20 litres d’huile lubrifiante ont été retirés du compartiment du groupe électrogène de secours. La salle des machines a été nettoyée et 26 récipients d’autres huiles lubrifiantes et de graisse ont été récupérés ainsi que de l’eau de cale huileuse. Le 16 octobre, à la fin de ses travaux, le personnel de la Garde côtière a rencontré le directeur général de la Ville qui a indiqué que cette dernière collaborerait avec Transports Canada et les autorités provinciales pour ce qui est de l’élimination future du navire déserté.

Le 27 janvier 2016, l’Administrateur a reçu une demande d’indemnisation de la Garde côtière d’un montant de 80 054,52 $ pour les frais engagés, conformément à la Loi sur la responsabilité en matière maritime (LRMM). On a accusé réception de la demande le jour suivant.

L’Administrateur a entrepris une enquête et une évaluation de la demande. Le 16 mars 2016, il a écrit à la Garde côtière pour lui demander des documents justificatifs supplémentaires à propos des services contractuels afin de terminer l’évaluation de la demande. Dans l’intervalle, le dossier demeure ouvert.